29 déc. 2014

Re: Entendu en confession


J'avais déjà entendu cette histoire sous d'autre formes. Je viens de la lire et je vous la restitue tel quelle.

Dites-moi, O'Grady, vous qui êtes Irlandais, pourquoi les chapelains Catholiques ont-ils plus de prestige que nous ?

-Padre, dit le docteur, écoutez une parabole : c'est bien votre tour.

Un gentlemen avait tué un homme : la justice ne le soupçonnait pas, mais les remords le faisaient errer terriblement.

Un jour, comme il passait devant un église Anglicane, il lui sembla que le secret serait moins lourd si il pouvait le partager ; il entra donc et demanda au vicaire d'écouter sa confession.

Ce vicaire était un jeune homme fort bien élevé, ancien élève d'Etton ou d'Oxford ; enchanté de cette rare aubaine, il s'empressa.

-Mais certainement : ouvrez-moi votre cœur, vous pouvez tout me dire comme à un père.

L'autre commença :

-J'ai tué un homme.

Le vicaire bondit :

-Et c'est à moi que vous venez dire cela ! Misérable assassin ! Je ne sais pas si mon devoir de citoyen ne serait pas de vous conduire au poste de police le plus proche... En tout cas, c'est mon devoir de gentleman de ne pas vous garder une minute de plus sous mon toi !

Et l'homme s'en alla, Quelques kilomètres plus loin, il vit, près de la route qu'il suivait, un église catholique. Un dernier espoir le fit rentrer, et il s'agenouilla derrière quelques vieilles femmes qui attendaient près d'un confessionnal. Quand vint son tour, il devina dans la pénombre le prêtre qui priait, la tête dans ses mains.

-Mon père, dit-il, je ne suis pas catholique, mais je voudrais me confesser à vous !

-Mon fils, je vous écoute.

-Mon père, j'ai assassiné.

Il attendit l'effet de l'épouvantable révélation. Dans le silence auguste de l'église, la voix du prêtre dit simplement :

-Combien de fois, mon fils ?

-Docteur, dit le Padre, vous savez que je suis écossais. Je ne comprends les histoires que huit jours après qu'on me les a dites.

-Celle-ci vous demandera plus longtemps, dit le docteur.

André Maurois, in « les silences du colonel Bramble », chap. IX, ©1921

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