4 janv. 2015

L'embarrassant presbytère-asile du Père Riffard

A Saint-Etienne, le prêtre est poursuivi en justice pour héberger illégalement des dizaines de migrants africains Entourée d'une mosquée en construction et d'un commissariat de quartier, l'église Sainte-Claire, située dans le quartier populaire de Montreynaud, à Saint-Etienne, se fond discrètement dans le décor des années 1960. Dans son salon où s'entassent livres, vieux disques et dossiers, le Père Gérard Riffard, 70 ans, le dos voûté et la mine grave, enchaîne les entretiens avec de jeunes Africains venus lui demander conseil. Le prêtre à la retraite leur explique patiemment quelles démarches entreprendre. Devant leur détresse, il a un mot réconfortant pour chacun. " Ça me remue, toutes ces histoires ", glisse-t-il doucement. Depuis une quinzaine d'années, le Père Riffard accueille à Sainte-Claire demandeurs d'asile, déboutés du droit d'asile et sans-papiers candidats à une régularisation. Tous Africains ou presque. Ancien curé de la paroisse durant quinze ans, le prêtre dispose toujours d'un logement de fonction dans l'église, où il officie encore. Actuellement, ils sont une cinquantaine d'adultes et une quinzaine d'enfants à dormir dans cinq salles paroissiales, hommes d'un côté, femmes et enfants de l'autre. Cette situation lui vaut d'être poursuivi pour infraction au code de l'urbanisme : l'ancien prêtre n'a pas respecté un arrêté municipal lui interdisant tout hébergement dans les salles paroissiales, qui ne répondent pas aux normes de sécurité. Relaxé en première instance, le Père Riffard a été jugé en appel début décembre après un recours du parquet. La peine encourue est symbolique : une amende de 1 195  euros, " partiellement ou totalement assortie de sursis ". La décision est attendue le 27  janvier. " Où est le vrai danger ? " " On nous a soupçonnés d'organiser des filières, s'insurge le Père Riffard. Mais c'est un fantasme ! Et puis, est-ce qu'il y a de quoi se réjouir de venir partager le matelas de quelqu'un ici ? " A ceux qui trouvent suspect que presque tous ces migrants soient originaires des mêmes pays d'Afrique, le prêtre répond, agacé : " Nous nous adressons d'abord à un public chrétien, et le tam-tam africain fonctionne bien. Même des travailleurs sociaux les envoient ici, quand ils sont saturés ! " Si plusieurs aménagements ont été réalisés (détecteurs de fumée, extincteurs, ajout de sanitaires…), les conditions de vie restent très précaires – ce que le prêtre reconnaît. Les matelas et les affaires des migrants s'entassent à même le sol, il n'y a qu'une douche et quatre WC pour l'ensemble de ses " protégés ". " Mais ce n'est pas un centre d'hébergement, répète-t-il inlassablement, c'est un accueil d'urgence. Où est le véritable danger, ici ou dans la rue ? " Le juge de première instance a reconnu " l'état de nécessité ", se fondant notamment sur une décision du Conseil d'Etat de février  2012 " érigeant - le droit à l'hébergement d'urgence au rang de liberté fondamentale ". " Ce n'est pas une motivation juridique mais philosophique ", tacle Marie-Christine Buffard, adjointe aux affaires juridiques à la mairie de Saint-Etienne et avocate. " Il faut arrêter de faire de l'angélisme. C'est sûrement un homme admirable, mais il ne peut pas se substituer à l'Etat. Le jour où il y aura un incendie et des morts, on se retournera contre nous. " Selon elle, une relaxe en appel serait " dramatique, cela autoriserait n'importe qui à faire n'importe quoi, sous prétexte que l'Etat ne peut pas le faire ". Pour l'avocate de Gérard Riffard, Chantal Jullien, " la sécurité est un faux problème ", l'objectif affiché en premier lieu étant de savoir d'où venaient ces gens, et comment. " Finalement, ils n'ont trouvé qu'une infraction au code de l'urbanisme, qui tombe comme un cheveu sur la soupe ", ironise-t-elle. " Chacun est dans son rôle " A la préfecture, les problèmes de sécurité sont évoqués à la marge. On dénonce surtout la multiplication des recours, une fois les demandeurs d'asile déboutés. " Ils font une demande d'étranger malade, puis les femmes font un enfant sur le territoire, etc. Il ne faut pas dévoyer la demande d'asile ", regrette la préfète, Fabienne Buccio, qui mentionne des soupçons de filières reliant l'Afrique noire à Saint-Etienne. " Un puits sans fond qu'il faut stopper ", dit-elle, précisant qu'" aujourd'hui, l'hébergement de tout demandeur d'asile en faisant la demande est garanti. Quant aux déboutés, ma porte est ouverte pour organiser leur retour ". Mais rares sont ceux qui veulent partir, assène le Père Riffard. Par contre, les arrivées ne cessent d'augmenter. " En ce moment, on frappe tous les jours à ma porte. Je ne vais pas les laisser dehors ", s'emporte-t-il, assurant qu'aucun hébergement ne leur est proposé, du moins pas dans l'immédiat. Son combat a commencé il y a une quinzaine d'années, presque par hasard, peu après sa nomination à Montreynaud, situé en zone urbaine prioritaire. " J'ai découvert à ce moment-là le problème des demandeurs d'asile. Jusque-là, cela ne m'avait jamais empêché de dormir. " Il crée alors l'association Anticyclone, et le diocèse de Saint-Etienne le nomme pour accompagner les demandeurs d'asile. Alors qu'il accueillait les migrants dans la discrétion et sans être inquiété il y a quelques années, l'ampleur des arrivées le submerge aujourd'hui autant qu'elle dérange les autorités locales. La situation commence également à embarrasser le diocèse. L'évêque, s'il continue de soutenir l'initiative du Père Riffard, tient aujourd'hui un discours plus prudent. " Chacun est dans son rôle ", estime Mgr  Dominique Lebrun. Le Père Riffard, lui, ne compte pas s'arrêter. Résigné, le prêtre reconnaît volontiers qu'il " ne sait pas mettre dehors les gens " et s'inquiète déjà de " la prochaine flopée d'arrivées ". Anna Villechenon Le Monde du 04/01/2015. Verbatim “Ces trois réalités (danger de passer la nuit dehors, absence d'autres lieux d'hébergement et réduction du risque de panique et d'incendie à l'intérieur de la salle) constituent les éléments de l'état de nécessité dans lequel se trouvait le père Riffard, qui peut justifier son attitude par la sauvegarde d'un intérêt supérieur. " Henry Helfre, juge au tribunal de police de Saint-Etienne, a relaxé le père Riffard en première instance, le 10  septembre  2014.

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