7 sept. 2016

Première aux Corinthiens (Christophe Paya)

Le corps : du présent à l’éternité

L’apôtre Paul va donc donner de la gravité au débat, en situant le corps présent dans la perspective de l’éternité. Les Corinthiens proposaient apparemment d’élever le débat au-dessus des seules questions corporelles en affirmant que Dieu détruirait de toute façon et le ventre et la nourriture. L’apôtre Paul propose lui aussi, d’une certaine manière, d’élever le débat en lançant : « le corps est pour le Seigneur, et le Seigneur pour le corps ». Paul sait décoder le langage corinthien. Quand les Corinthiens disent : ventre et aliments, Paul répond : corps et immoralité. Il n’est pas dupe. Peut-être que c’est le don de discernement du chapitre 12 (v. 10), chapitre qui traite aussi du corps et des membres du corps, mais du corps-Église, qui lui permet de décoder le langage employé.

Lorsque les uns parlent de maturité, il faut parfois entendre relâchement. Lorsque d’autres parlent d’enthousiasme, peut-être faut-il parfois entendre égarement. Lorsque les uns parlent de bénédiction, ne faut-il pas quelquefois entendre cupidité ? Lorsque d’autres encore parlent d’autorité spirituelle, ne faut-il pas parfois entendre soif de pouvoir ? Lorsque les uns parlent d’humilité, est-ce qu’on ne peut pas entendre parfois médiocrité ? Lorsque d’autres encore parlent de visibilité, ne faut-il pas quelquefois entendre orgueil ? Les discours ne suffisent pas. L’apôtre Paul interprète les discours des Corinthiens à la lumière de leurs comportements : c’est du discernement.

La difficulté du discernement, c’est que le point de départ corinthien n’est pas totalement faux. La nourriture est bien destinée à la digestion21. Jésus disait d’ailleurs que ce n’est pas ce qui entre dans le corps, donc la nourriture, qui souille le corps (Mc 7 ; Mt 15). Il y a bien des choses qui sont passagères et qui sont de moindre importance par rapport à celles qui sont durables. Nous le disons souvent : nous travaillons pour ce qui est durable, pour ce qui est éternel. Nous parlons des richesses du présent  comme de choses passagères. Nous considérons comme fous ceux qui bâtissent toute leur existence sur des fondements périssables.

Mais le corps, et c’est là que Paul prend les Corinthiens à contre-pied, existe au-delà de la destruction de la mort. Le Symbole des apôtres disait : « je crois… à la résurrection de la chair »22, mais on l’oublie facilement. La destruction qu’apporte la mort est bien réelle. Cela ne fait aucun doute. Mais le relèvement qu’a connu le Seigneur, la résurrection des morts dont il a ouvert la voie, sont aussi pour le corps des croyants. Le destin du corps n’est pas la seule destruction, et le chapitre 15 y reviendra longuement : le corps est destiné à la résurrection, comme le Seigneur lui-même l’a montré. À la lumière de cette perspective future, il faut relire le présent et repenser le corps. De même qu’il est possible que l’on porte un regard différent sur le monde qui nous entoure selon que l’on pense qu’il est destiné à la destruction ou qu’il a un avenir (même si cela ne devrait peut-être pas être le cas), on considérera différemment le corps selon que l’on pense qu’il n’est qu’un mal transitoire ou qu’il fait éternellement partie de ce que nous sommes.

Il est vrai que dans le monde d’aujourd’hui, le corps a pris de la valeur, en tout cas à certains égards. Mais notre conception moderne du corps se heurte toujours à la barrière de la mort. Et si l’on valorise le corps, c’est seulement pour repousser cette échéance. La barrière de la mort, pour l’humanité, reste une barrière infranchissable, même si tous aimeraient la franchir. Ce texte de la Première aux Corinthiens nous invite à adopter une conception du corps qui dépasse la barrière de la mort.

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